CHARLY GARDON 
Ostéopathe danse
Marseille

Le travail du corps en mouvement a double vocation, il est au service de la performance et doit pouvoir reproduire cette dernière dans le temps. Se perfectionner dans le mouvement dansé a ses spécificités. Elles coûtent au corps. Pour développer ses capacités le danseur use ses muscles et ses articulations. Il travaille son mental, développe sa technique, planifie des scènes et se confronte à la fatigue. Il apprend, et se nourrit en permanence dans l'effort et la dépense d’énergie, pour que lorsque une cinématique lui est confiée il puisse en restituer une histoire.

 

S'épanouir, progresser et rechercher la performance est une démarche singulière.

Elle implique de pouvoir gérer les contraintes imposées par le travail et de maintenir un équilibre, à travers des phases de repos. Elles font partie intégrante d'une année, entrecroisant technique, préparation physique et représentations, mais à très court terme elles peuvent s'acquérir dans la mise en place d'une routine musculaire spécifique.

 

Cette routine devient indispensable lorsque l'on comprend que le mouvement, la posture et l'équilibre sont des besoins que le corps a dès le départ inclus dans son cahier des charges. Ainsi son anatomie est structurée pour la résolution de ces tâches, à travers des chaînes musculaires qui en harmonie, prennent en charge l'organisation dynamique du corps. Il en va donc de notre responsabilité de les préserver.

 

Car le danger se cache à la frontière entre la "sur utilisation" et "l'hyper utilisation" du corps, qui lorsqu'elle est franchie conduit à la blessure. L’augmentation de l’intensité, de la vitesse et des répétitions relève du quotidien pour le danseur et sans méthode, rapidement le corps puise dans l'adaptation extrême, la fatigue musculaire et crée des compensations.

 

La notion de "routine spécifique" est évoquée plus haut car la danse surexpose la chaîne statique postérieure et les muscles posturaux qui la composent. Le danseur doit particulièrement s'atteler à l'allongement de ce chaînage, de la tête jusqu'aux pieds et veiller à la fluidité articulaire de la hanche.

Il se préservera ainsi de la dominance des forces exercées par les groupes musculaires qui composent cette dernière, sur la colonne vertébrale.

 

Prenons le jazz, la discipline demande une tenue permanente du rachis avec la projection du sacrum dans le sol et du sternum en opposition. La contraction abdominale ainsi que la contraction des muscles fessiers et ischio-jambiers, permettent au bassin de gérer la dynamique des membres inférieurs avec lesquels il participe à l'obtention d'un centre gravité le plus bas possible. Dans cette configuration il y a une optimisation de l'utilisation des muscles spinaux par le travail important réalisé sur ces groupes extrinsèques à la colonne.

 

Cependant nous pouvons également affirmer qu'ils sont en première ligne face aux contraintes qui s'exercent, rappelons que le jazz implique vitesse et impacts et quand bien même ces muscles sont capables de travailler longtemps, sans repos ils finiront par surexposer le système élastique passif sous-jacent et voir leur amplitude de mouvement diminuer. Autrement dit ne pas avoir conscience de cela et ne pas en tenir compte est un risque de fragiliser voire de léser les segments mobiles vertébraux.

 

Néanmoins, le danseur ne maîtrise les perturbations physiologiques liées à l'activité physique que dans une certaine mesure et cela même lorsqu'il a acquis l'hygiène musculaire, évoquée plus haut. Il nécessite bien souvent une aide extérieure pour restaurer un équilibre et doit profiter des temps de repos dans la planification de son année pour consulter l'ostéopathe à titre préventif.